D'innombrables interviews et déclarations médiatiques, il ressort clairement que les dirigeants saoudiens font de l'Iran une obsession tenace – une obsession qui trahit une peur et une haine intenses. Des membres du sommet de la Maison de Saoud ont fait savoir que le vrai centre de leur attention en Syrie, par exemple, n'est pas en priorité le gouvernement de Bachar al-Assad, ni leur désir de voir un changement de régime, mais que la cible principale est plutôt le plus proche allié régional d'Assad – l'Iran. Partout dans la région, la paranoïaque Maison de Saoud voit la main de l'Iran. Dans une tribune libre du New York Times en décembre, l'ambassadeur saoudien en Grande-Bretagne, Mohammed bin Nawaf Abdulaziz al Saud, a accusé l'Iran sans aucune preuve, affirmant que l'Iran «a financé et entraîné des milices en Irak, des terroristes du Hezbollah au Liban et des militants au Yémen et au Bahreïn». Mais le point crucial ici est que l'Arabie Saoudite, ou du moins ses dirigeants menés par le Roi vieillissant Abdullah, est rivée à une fixation d'animosité envers l'Iran. Pourquoi ? La réponse courte est l'auto-préservation. Mais il y a au moins trois raisons spécifiques à cette haine, et elles sont interconnectées. La première est religieuse. La religion officielle de l'Arabie Saoudite est le Wahhabisme. Dans cette déformation extrême, l'Islam chiite est vu comme une apostasie intolérable. Ce ne sont pas seulement les Chiites qui sont considérés comme des «infidèles». Toutes les formes de foi musulmane, y compris les Sunnites, ainsi que les Chrétiens et d'autres religions, dont il est estimé qu'elles ne se conforment pas à la doctrine fondamentaliste wahhabite sont considérés comme des infidèles et sont éligibles à des attaques sans merci, même jusqu'à la mort. Dans la croyance wahhabite pervertie, les Musulmans chiites sont la pire espèce d' «infidèles». Ceci explique pourquoi les Chiites et les Alaouites étroitement apparentés sont sujets aux formes de violence les plus barbares dans le conflit syrien, où les militants anti-gouvernement syrien sont surtout guidés par l'idéologie wahhabite – aussi connue sous le nom de Takfirisme. Pour des raisons historiques, l'Iran est le centre de l'Islam chiite dans la région et dans le monde. L'Iran se qualifie donc comme centre de la haine saoudienne. Le second facteur remonte à la Révolution Islamique en Iran. Quand la révolution iranienne parvint en 1979 à bouter dehors le dictateur soutenu par les USA, Mohammed Reza Shah Pahlavi, ces troubles ont menacé tous les dirigeants autocrates de la région de par l'impact d'inspiration qu'ils ont suscités dans les autres populations pour se dresser contre les régimes oppressifs. La Maison de Saoud s'est sentie particulièrement menacée. C'est pourquoi les dirigeants saoudiens ont immédiatement réagi en mettant en place le Pacte de défense du Golfe Persique au début des années '80, qui comprenait les autres monarchies du Koweït, du Qatar, du Bahreïn, des Emirats Arabes Unis, et Oman. De fait, la haine de l'Iran des dirigeants saoudiens n'a fait que s'intensifier depuis la révolution iranienne. La Maison de Saoud voit les références visiblement plus démocratiques de l'Iran comme une menace mortelle envers son despotisme. Plus l'influence politique de l'Iran croît dans la région, plus les dirigeants saoudiens redoutent une menace existentielle. Ceci explique l'état d'esprit paranoïaque de la Maison de Saoud en ce qui concerne l'Iran, tel qu'exprimé par son ambassadeur en Grande-Bretagne cité plus haut, qui soupçonne la subversion iranienne d'être partout, même quand elle n'y est pas. Le troisième facteur est plus terre à terre, mais représente peut-être l'ultime souci de la Maison de Saoud – le sujet vital de l'économie du pétrole et du gaz naturel. Des 12 Etats membres de l'OPEP, les trois plus gros producteurs sont l'Arabie Saoudite, l'Irak et l'Iran. La richesse en gaz naturel immense de l'Iran, qui a à peine été utilisée comme ressource économique, est ici de la plus haute importance. Le gaz naturel est le carburant du futur pour le siècle prochain, étant plus efficient comme source d'énergie en termes de transport via gazoducs et en termes de production calorifique. En ce qui concerne l'environnement, le gaz naturel est un carburant beaucoup plus propre que le pétrole, relâchant beaucoup moins de rejets nocifs après combustion. Il est estimé que l'Iran possède les plus grandes réserves connues de gaz naturel sur Terre dans son champ de Pars. Si les relations internationales de l'Iran étaient normalisées par le retrait des sanctions commerciales, le pays est sur les rangs pour devenir une source d'énergie globale encore plus formidable. Le marché européen revêt une importance stratégique particulière, pour lequel l'Iran serait un fournisseur de premier rang, avec la Russie (qui n'est pas membre de l'OPEP). Ce développement, qui possède une trajectoire inexorable du fait du besoin humain irrépressible, est vu par la Maison de Saoud comme une menace d'ordre impératif. L'Arabie Saoudite est dotée en pétrole, mais beaucoup moins en gaz naturel. La valeur stratégique saoudienne est par conséquent sur le déclin, alors que l'Iran est sûr de croître grâce à ses vastes ressources en gaz naturel. À tout prix, du point de vue saoudien, l'Iran doit être empêché de développer sa richesse énergétique potentielle. L'Arabie Saoudite est en sursis. Ses réserves de pétrole seront éventuellement surpassées par les richesses en gaz de l'Iran. Déjà, les dirigeants saoudiens sont assis sur une bombe à retardement démographique faite d'une population jeune grandissante et sans emploi, qui jusqu'ici a été apaisée avec des distributions fiscales issues de ses exportations de pétrole. Les jours de ces distributions sont comptés. Que se passera-t-il quand l'économie du pétrole saoudienne se délitera, et est laissée de côté avec la nouvelle économie globale du gaz naturel dans laquelle l'Iran est en position de leader? Cela se traduira par une plus grande influence politique iranienne dans la région et un contrôle sur le pouvoir en diminution pour les autocrates saoudiens sclérosés. Le destin politique et économique des Etats-Unis est étroitement lié à l'économie saoudienne du pétrodollar et des autres monarchies du Golfe Persique. Le dollar US en faillite est déjà largement sous perfusion du fait du commerce par les Saoudiens et leurs émirats apparentés de la ressource avec le billet vert et de l'alimentation du Trésor US, qui maintient le dollar. Si l'Iran devait développer tout son potentiel, le commerce en pétrole et surtout en gaz naturel serait certainement mené en euros, roubles, yens ou yuans. C'est un scénario d'apocalypse pour le dollar US et son effondrement, qui tarde depuis trop longtemps. Au bout du compte, Washington partage l'antipathie intense de la Maison de Saoud à l'encontre de la liberté politique et économique sans entrave de l'Iran. Non pas pour des raisons wahhabites obscures, mais pour l'auto-préservation économique vitale. D'où la conjoncture menace les entreprises francaises "sévère réprimande de Washington cette semaine quand une délégation d'affaires française a visité l'Iran pour y explorer de possibles partenariats. Le secrétaire d'Etat US John Kerry, selon des rapports, aurait appelé son homologue français Laurent Fabius en panique, pour protester face à cette délégation. La dernière chose que veulent voir les Etats-Uniens est l'Iran faisant du commerce indépendant avec l'Europe sans le dollar. Les despotes saoudiens et leurs souteneurs états-uniens ne peuvent pas se permettre le développement de l'Iran en tant que puissance économique. Cela menace directement la Maison de Saoud, politiquement et économiquement, ce qui à son tour menace Washington jusqu'à son fondement. Pour toutes les raisons ci-dessus, les dirigeants saoudiens craignent l'Iran par-dessus tout. Le régime sioniste israélien et sa profanation de lieux saints à Jérusalem-Est ne soulève même pas un sourcil pour les al-Saoud – les Gardiens autoproclamés de l'Islam. Seules leur peur et leur haine s'expriment dans la poursuite d'une guerre cachée contre l'Iran et ses alliés, ce qui inclut la Syrie et les peuples du Bahreïn, d'Irak, du Yémen et n'importe où ailleurs. Ils veulent que l'Iran soit contenu, contrecarré, sanctionné à tout prix, et Washington par nécessité géopolitique est du côté saoudien. Mais tandis que les plaques tectoniques des besoins énergétiques mondiaux bougent inexorablement au cours des prochaines décennies, les dirigeants saoudiens et leurs souteneurs états-uniens se retrouveront du côté perdant. D'une façon très concrète, ceci sonne le glas d'al-Saoud et à l'Empire états-unien. D'où la haine.