Le ministre de la Prospective et des Statistiques, M. Abdelhamid Temmar, a estimé, jeudi dernier, lors d'une conférence au profit des doctorants en économie à l'université de Mascara, que " le développement économique ne peut jamais être abordé isolément des conditions sociales de chaque pays et ses spécificités". Le ministre n'a pas omis de signaler que " l'Etat algérien doit poursuivre sa politique sociale, représentant 40% de ses dépenses et de persévérer dans l'économie de la solidarité". Et comme préalable à cet objectif, le ministre" pense qu'il faudrait bien renforcer des réformes liées au système bancaire, renforcer également le marché des capitaux et la mise en place d'une réglementation du marché du foncier industriel afin de mettre en place une économie, basée sur des ressources hors hydrocarbures. Est-il important là de rappeler que lors de l'évocation, il y a une quinzaine de jours par le ministre, M. Temmar, de la "vision de développement socioéconomique de l'Algérie à l'horizon 2030", son conseiller, le Pr Bouklia Hassane Rafik avait estimé que la richesse nationale manque de diversification et est principalement tirée par le capital naturel comme facteur essentiel de la fonction de la production (62%), alors que les ressources intangibles incluant le capital humain et social et la qualité des institutions ne représentent qu'une faible part des capacités productives du pays. Parmi les pays pétroliers, l'économie algérienne est la plus concentrée sur les hydrocarbures", a-t-il affirmé. Partant de ce constat, le Pr Bouklia a indiqué qu'"une dynamique du secteur réel sous deux dimensions est envisagée dans la cadre d'une vision Algérie 2030". Il s'agit, a-t-il expliqué, d'une dynamique d'expansion globale de l'économie ou d'un changement structurel de l'économie à travers l'expansion de certains secteurs porteurs. D'autre part, le même conseiller avait souligné la nécessité d'augmenter de deux fois et demie le revenu par habitant pour passer de 4.700 dollars actuellement à 11.800 dollars en 2030, d'atteindre un taux de croissance annuel de 7,5% à partir de 2015 et de maintenir la croissance dans le secteur des hydrocarbures entre 1 et 2% à l'horizon 2030. Et de déclarer enfin que "Certains secteurs doivent réaliser plus de 20% de croissance annuelle pour émerger comme nouveaux secteurs moteurs de l'économie". Lors de son intervention, jeudi dernier, le ministre a indiqué que "L'Algérie a traversé des phases difficiles sur les plans économique dans les années 80 et sécuritaire dans les années 90. Ces contextes particuliers se sont répercutés sur les efforts déployés pour assurer le développement national et font que les fruits de ces efforts ne se reflètent pas suffisamment sur le terrain". Par ailleurs, l'intervenant a ajouté qu'il est nécessaire d'ouvrir un champ plus large aux entreprises privées tout en conservant un réseau important d'entreprises publiques, qui constitue le pilier de l'industrie national, tout en ouvrant leurs capitaux aux investisseurs étrangers. Il est utile de souligner, dans ce contexte, que la diversification de l'économie implique l'émergence de nouveaux secteurs économiques dont la croissance doit être forte pour prendre le relais des hydrocarbures. Mais, ce faisant, la source de financement de l'investissement et des importations requis s'amenuise. Mais on avait bien appris récemment que le ministère de la Prospection et des Statistiques étudie actuellement l'impact sur la balance de paiement sachant que la dynamique de ce scénario entraînera un solde négatif de la balance commerciale dès 2015. Et là, il est tout aussi utile de rappeler ce que l'ancien ministre des Finances, Abdelatif Benachenhou, avait affirmé, il y a quelques jours à savoir, qu' " une réflexion sur la mise en place d'une nouvelle économie en Algérie est indispensable. Selon M. Benachenhou, la libéralisation de l'économie est devenue "plus qu'indispensable" pour deux raisons :" l'Algérie est le pays qui connaît la plus grave crise d'investissement productive. Environ 85% de l'investissement global en Algérie est assuré par l'Etat", a-t-il ajouté. Il a affirmé également son adhésion à la proposition de l'organisation patronale sur la modernisation du régime des changes, relevant la nécessité d'engager un débat sur la politique de taux de change adoptée par la banque centrale actuellement. L'économiste s'est dit aussi en faveur de la modernisation et du renforcement du dialogue social, plaidant pour le développement du rôle du CNES dans le dialogue économique et la concertation sociale.