La prolifération des points de vente a enlaidi la ville et porté atteinte à son statut d'Alger la Blanche Après la zlabia du Ramadhan, des commerçants ont trouvé un nouveau moyen pour arrondir leur fin de mois, en s'adonnant à la vente de moutons dans leur magasin, la veille de l'Aïd. C'est fou ce que la vie peut réserver parfois aux citoyens peu habitués à voir l'épicerie ou le magasin d'alimentation de leur quartier se transformer subitement en point de vente à bestiaux. Après la zlabia du ramadhan, des commerçants peu scrupuleux ont poussé encore plus loin le bouchon, en vendant, la veille de la célébration de la fête de l'Aïd El Adha, des moutons dans leur magasin. Encouragés par l'inertie des services chargés de faire respecter la loi en matière de pratiques commerciales et de contrôle, ces maquignons occasionnels ont envahi la capitale, la transformant en un vaste marché à bestiaux. La prolifération des points de vente, en même temps qu'ils ont enlaidi la ville et porté atteinte à son statut d'Alger la blanche, ont provoqué l'ire des habitants qui sont très choqués de voir toutes ces saletés qui jonchent les trottoirs à cause, précisément, de la présence des moutons. Outre l'odeur désagréable qu'ils dégagent sur leur passage, les moutons indisposent beaucoup les riverains avec leurs bêlements ininterrompus qui les empêchent de dormir la nuit. Visibles partout, les moutons se pavanent même dans les quartiers huppés, suscitant l'étonnement des passants peu habitués à la présence d'animaux domestiques dans ces lieux. Exhibant fièrement leur silhouette, les moutons sont devenus pour certains de véritables animaux de compagnie qui les suivent, comme leur ombre, dans tous leurs déplacements ou ballades à travers la ville. Le plus surprenant est de voir souvent un mouton en compagnie d'un enfant âgé à peine de 10 ans sillonner les rues de la capitale à la recherche d'un autre mouton pour un éventuel combat. Car les enfants affectionnent particulièrement les combats entre moutons et vont de place en place et de quartier en quartier à la recherche d'un lieu ou arène pour tester leur bête. Certains moutons sont devenus de véritables champions qui ont à leur actif de nombreux trophées, glanés aux quatre coins du pays. D'ailleurs, ces tueurs, comme on les appelle communément, ne sont pas destinés à être sacrifiés le jour de l'aid. Ils coûtent très chers et leurs propriétaires refusent souvent de les vendre, préférant les garder et investir dans les combats qu'ils ont programmés à leur intention. Ceux qui sont proposés à la vente sont très vieux et les gens les récusent à cause de leur viande devenue très dure. Il ne faut pas croire pour autant que les prix des moutons vendus sur le marché sont accessibles. Selon la majorité des citoyens, le prix du mouton a presque doublé cette année et rares sont les familles qui peuvent débourser 50.000 ou 60.000 DA pour se leur offrir. Le moins cher coûte entre 25.000 et 30.000 DA et ne pèse, sur pied, qu'une vingtaine de kg., c'est à dire à peine pour satisfaire l'appétit goulu de trois ou quatre personnes. Le mouton vend cher sa peau. Les raisons invoquées par les maquignons pour justifier ces hausses répétées ne tiennent pas, cependant, la route. Tantôt, c'est la faible pluviométrie, tantôt la rareté des aliments. Or tout le monde sait que se sont les intermédiaires et les parasites et profiteurs de tous bords qui ont infiltré le secteur et font monter à leur guise les prix.