Le haut-commissaire aux réfugiés de l'ONU, Filippo Grandi, n'est guère rassuré par l'accord que vont conclure l'Union européenne et la Turquie qui ne garantit pas la protection des réfugiés. Il s'agirait plutôt d'un accord politique plus qu'humanitaire. L'accord ébauché lundi soir entre Ankara et l'Union européenne, qui prévoit notamment de renvoyer tous les réfugiés et migrants vers la Turquie, y compris les demandeurs d'asile syriens, inquiète sérieusement le haut-commissaire aux réfugiés de l'ONU, Filippo Grandi, qui n'a pas caché hier sa profonde préoccupation. "Je suis profondément préoccupé par tout arrangement qui impliquerait le retour indiscriminé de gens d'un pays à un autre, qui ne détaillerait pas les garanties de protection des réfugiés en vertu du droit international", a indiqué M. Grandi devant le Parlement européen à Strasbourg. Il n'en demeure pas moins que l'accord, dont les détails seront affinés d'ici une semaine, sera conclu lors du prochain sommet de l'UE pour stopper l'afflux de réfugiés. Il a été salué comme "une percée" censée "changer la donne" en Europe par plusieurs dirigeants. C'est le résultat du sommet européen de lundi soir, que le Premier ministre britannique a qualifié de "base pour une percée", qui permettrait à l'avenir de renvoyer tous les migrants qui arrivent en Grèce vers la Turquie. "Cela briserait le ‘'business model'' des trafiquants d'êtres humains et le lien entre le fait de monter dans un bateau et de trouver un accueil en Europe", a argumenté David Cameron, avant d'avertir : "Mais seulement si c'est pleinement mis en œuvre. C'est ce qui doit se passer maintenant." Même son de cloche chez le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui n'a pas caché sa satisfaction en affirmant : "Ceci va changer la donne, c'est un bon accord." Idem pour le président du Conseil européen, Donald Tusk, pour qui "le temps de l'immigration irrégulière en Europe est révolu", dans l'espoir de régler une crise des réfugiés sans précédent en Europe depuis 1945. Ainsi, les propositions "audacieuses" turques présentées aux 28 pour tarir l'afflux de migrants vers les côtes grecques, notamment celle de reprendre tous les "migrants économiques" ainsi que les réfugiés syriens, telles qu'expliquées par le Premier ministre Ahmet Davutoglu, semblent avoir convaincu les dirigeants de l'Union européenne. En échange, ces derniers s'engagent à reprendre, par des voies légales et sûres, le même nombre de réfugiés syriens directement depuis le sol turc. Dans leur déclaration finale, les dirigeants européens "saluent chaleureusement" ces propositions et demandent à Donald Tusk "d'affiner les détails" avec la Turquie. Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE lâchent aussi du lest sur les nouvelles exigences mises sur la table par Ankara. Ils promettent d'accélérer la mise en place d'un régime sans visa pour les ressortissants turcs "au plus tard fin juin" et affirment "préparer l'ouverture de nouveau chapitres" dans les négociations d'adhésion. La Turquie a fait "un acte très important de réadmettre les réfugiés et les migrants qui ont quitté de façon irrégulière la Turquie vers la Grèce. Dès lors, il peut y avoir une libéralisation des visas, mais selon la feuille de route qui a été fixée", a commenté le président français François Hollande. Les 28 affirment enfin œuvrer pour une "accélération du versement" des trois milliards d'euros d'aide déjà promise pour aider les 2,7 millions de réfugiés installés sur le territoire turc, et promettent de "décider des fonds additionnels", alors qu'Ankara réclame trois milliards supplémentaires d'ici 2018. Merzak Tigrine