Mohamed Mecherara, l'ex-président de la Ligue de football professionnel (LFP), comme à son accoutumée, suit de près l'actualité du football algérien. Dans cet entretien, il donne des solutions efficaces au problème financier auquel le leader de la Ligue 1, à savoir l'USMA, est frappé ces derniers temps, notamment après l'arrestation de son propriétaire, Ali Haddad. Il en parle. Liberté : L'USM Alger est frappée par une grave crise financière. Les joueurs sont impayés depuis des mois. Et l'arrestation de son propriétaire Ali Haddad ne fait que compliquer la situation sachant qu'il est le seul décideur sur le plan financier. Quel est votre avis sur la question ? Mohamed Mecherara : D'abord, les problèmes des clubs algériens ne datent pas d'aujourd'hui. Plusieurs formations des Ligues 1 et 2 traversent des conjonctures difficiles sur le plan financier. Nous n'avons jamais réussi à solutionner la question, et ce, en endiguant les problèmes de fond. L'USM Alger, pourtant un club où le nerf de la guerre ne manquait pas, se retrouve dans une situation peu reluisante. Je comprends l'inquiétude des joueurs et de leurs supporters car il y a un objectif à atteindre. Mais à chaque problème, il existe une solution. Par quelle voie peut-on régulariser la situation des joueurs ? Peut-on mandater quelqu'un à la place de Haddad pour justement s'occuper du volet financier mais aussi assurer la bonne marche de l'équipe, non ? Voilà mes conseils à l'USMA. Vous savez, il faut savoir que le groupe ETRHB est l'actionnaire majoritaire de l'USMA, et ce, à hauteur de plus de 82%. Et ce n'est ni Ali Haddad ni son frère Rebbouh qui sont les seuls propriétaires dans la mesure où il existe d'autres actionnaires même si leurs actions sont vraiment infimes. En sa qualité de président du conseil d'administration, Ali Haddad prend des décisions importantes sur le plan sportif et financier. Ses démêlés avec la justice le privent de toute activité. Et son vice-président exécutif, à savoir Rebbouh, serait la solution aux soucis de l'USMA. Il a toute latitude de convoquer le conseil d'administration des actionnaires afin de solliciter tout le monde pour renflouer les caisses du club. C'est une démarche légale qui pourrait solutionner la question de l'argent et permettre à l'équipe de se rassurer afin d'atteindre ses objectifs. Mais il y a aussi une autre chose à savoir. Laquelle M. Mecherara ? Le commissaire aux comptes, avant de boucler l'exercice 2018, a le droit de convoquer une assemblée générale des actionnaires dans le cas où il s'aperçoit que l'actif net du capital est négatif. À partir de là, il appelle les actionnaires à mettre la main à la poche pour renflouer les caisses du club, sinon il sera dans l'obligation de dissoudre la société par actions qui est la SSPA/USMA. Vous savez, si on applique la loi dans toute sa rigueur, les 32 clubs professionnels mettront la clé sous le paillasson, y compris le MCA dont le propriétaire n'est autre que Sonatrach. C'est pour vous dire que le football national a touché le fond où aucun club n'est épargné. Et là je reviens au rôle de la DNCG. Vous voulez dire que si la FAF a installé cette commission, ce genre de problème serait banni à tout jamais dans le football national, n'est-ce pas ? Chaque problème a une solution. Ce n'est pas un fait nouveau car le récurrent problème des dettes remonte à bien longtemps. Nous n'avons fait que reporter l'échéance en évitant les solutions radicales et efficaces pour le long terme. La DNCG avait justement pour vocation d'accompagner les clubs en vue d'éviter la faillite et l'endettement. Il y a quelque temps déjà, la FAF m'a confié cette mission mais la mise en place de cette direction n'a jamais vu le jour. Raison pour laquelle j'ai décidé de me retirer en tant que conseiller bénévole du président de la FAF, chargé de la mise en place de la DNCG. La solution venait justement de cette cellule qui aurait tout simplement prononcé l'interdiction de recrutement aux clubs endettés. On a tendance à laisser les choses pourrir. Comble de l'ironie, des clubs endettés jusqu'au cou s'amusent à donner des primes de 50 millions, c'est grave. Mais en présence de la DNCG, cela n'aurait jamais pu arriver. Est-ce que le propriétaire du club Ali Haddad est en mesure de vendre ses actions s'il le souhaite ? Bien sûr. Il faudra convoquer le conseil d'administration pour annoncer l'opération de vente. Mais là aussi, le premier droit de préemption va d'abord pour les actionnaires. Autrement dit, si des actionnaires de la SSPA/USMA veulent racheter d'autres actions, ils sont prioritaires. Maintenant si un investisseur étranger voudrait racheter les actions de l'USMA, c'est faisable mais à condition d'avoir l'accord de l'Etat algérien, conformément à la réglementation en vigueur. L'USMA est détenue par une société commerciale. Par conséquent, la loi s'applique. Cette disposition a été faite pour les grandes sociétés. Ceci dit, nous n'avons pas voulu aller au fond des choses pour trouver le remède aux déboires de notre football. Vous savez, l'apport des socios qui sont des sociétaires dans un club est important. Y'a-t-il un dirigeant algérien de football ayant appelé ses supporters à investir dans un club, jamais! Cela se fait ailleurs. Figurez-vous qu'un club comme Barcelone a deux millions de socios actionnaires. C'est le cas aussi des clubs égyptiens Al Ahly et Zamalek. Donc, les solutions existent, à nous d'asseoir une stratégie adéquate.