Mohamed Mecherara, l'ex-président de la Ligue de football professionnel (LFP), suit de près l'actualité du football algérien, notamment cette affaire ayant ébranlé le CR Belouizdad. Pour lui, ce scénario aurait été évité si la FAF avait installé la Direction nationale de contrôle de gestion des clubs (DNCG). Notre interlocuteur explique que la feuille de route tracée au début par la DNCG n'a pas été suivie. L'affaire du CRB n'est qu'une conséquence logique de l'échec de la politique du professionnalisme. Liberté : L'affaire du CRB a défrayé la chronique. Tous le monde est unanime à dire que le professionnalisme en Algérie n'a été que de la poudre aux yeux, un échec total, n'est-ce pas ? Mohamed Mecherara : Ce n'est pas l'échec d'une politique. Je peux vous dire qu'en Algérie à l'exception de cinq, voire six clubs, le reste des formations n'est pas professionnel. C'est un professionnalisme de façade que plusieurs clubs ont prôné. Et la santé actuelle de ces clubs n'est qu'une conséquence logique d'une mauvaise gestion. Avant de parler de ce volet, il faut expliquer à l'opinion publique que les ingrédients du professionnalisme nécessitent la présence d'un joueur professionnel, d'un club professionnel et, bien évidemment, d'un championnat professionnel. C'est quoi un joueur professionnel ? Tout simplement un joueur exerçant dans un club en contrepartie d'un salaire défini entre les deux parties. C'est le cas de 99% des footballeurs seniors évoluant en Algérie. Même un club de quatrième division paye ses joueurs seniors. Cela veut dire que tous les joueurs sont des professionnels. C'est une stricte réalité. On ne cache pas le soleil avec un tamis. Dissimuler pareille vérité nous amène à dire que le travail au noir en Algérie est toléré. Le club professionnel obéit à des règles car la Fifa exige des formations professionnels une licence. Les conditions de son obtention sont érigées par la Fédération internationale de football que les associations sportives doivent respecter à la lettre. Maintenant, la FAF est dans son droit de délivrer la fameuse licence de club professionnel aux clubs algériens mais sous contrôle de la Fifa laquelle peut envoyer ses représentants à n'importe quel moment rien que pour veiller à l'application de ses recommandations pour la délivrance de la licence professionnel aux clubs. Cela veut dire que les licences professionnelles délivrées aux formations obéissent à des conditions strictes ? Naturellement. Vous savez, en Algérie, il existe cinq, voire six clubs détenteurs de cette licence car c'est une condition inéluctable pour disputer les compétitions africaines et même régionales. Un club qui ne dispose pas de ce document ne pourra pas aspirer à prendre part aux grandes compétitions de son continent ou autre. Raison pour laquelle, la FAF délivre à ces clubs un certificat de licence professionnelle de surcroît exigé par les règlements de la Fifa et de la CAF. Et si on exclut les clubs participant aux différentes joutes internationales, cela nous amène à dire que les autres équipes algériennes ne disposent pas de cette licence professionnelle. C'est simple, net et précis. Or, le championnat professionnel n'est conçu que pour les clubs détenteurs de la licence professionnelle. Donc, nous n'avons pas du tout de championnat professionnel. C'est une amère vérité. Pourtant, nous avons tout prévu avant le lancement du professionnalisme en Algérie. Ce n'est pas tout dans la mesure où aucun club n'a jamais signé de convention entre le club amateur et la SSPA afin de pouvoir évoluer en Ligue 1. La loi de 2004 qui a été remplacée par celle de 2013 (juillet) indique que tout club qui, en dépenses ou en recettes, utilise un montant supérieur à 50 millions de dinars doit se transformer en club professionnel. Le décret concernant le football indique que toute personne physique ou club amateur peut créer un club pro ou une section de football pro. Alors, soit cette personne crée un club pro et débute donc son parcours en Ligue de wilaya, soit le club amateur crée la section football pro, auquel cas il continue à jouer dans le palier où il est déjà (L1 ou L2). Donc, dans ce cas précis, c'est le club amateur qui crée le club professionnel, la SSPA. Une fois celle-ci créée, le CSA ouvre son capital aux investisseurs. La FAF a exigé la convention cette année aux différents SSPA, et ce, pour continuer à évoluer en championnats professionnels. Et j'ai appris de la bouche même d'un président d'un grand club que ladite convention, de surcroît exigée, n'a pas été déposée auprès des instances footballistiques. Cela veut tout dire. Revenons sur l'affaire du CRB, ce scénario pouvait-il être évité ou pas ? Chaque problème a une solution. Ce n'est pas un fait nouveau car le récurrent problème des dettes remonte à bien longtemps. Nous n'avons fait que reporter l'échéance en évitant les solutions radicales et efficaces pour le long terme. La DNCG avait justement pour vocation d'accompagner les clubs en vue d'éviter la faillite et l'endettement. L'année dernière, la FAF m'a confié cette mission mais la mise en place de cette direction n'a jamais vu le jour. Raison pour laquelle, j'ai décidé de me retirer en tant que conseiller bénévole du président de la FAF chargé de la mise en place de la DNCG. La solution venait justement de cette cellule qui aurait tout simplement prononcé l'interdiction du recrutement au CRB le 31 mai dernier. On aurait pu dire aux responsables belouizdadis qu'ils n'avaient pas le droit de recruter. De ce fait, la LFP aurait pris ses dispositions pour ne délivrer aucune licence et en même temps interdire au CRB l'arrivée de nouveaux joueurs. C'est aussi simple. Mais en présence de la DNCG, cela n'aurait jamais pu arriver. Mais force est de reconnaître que la direction du CRB est fautive... Je n'ai pas dit le contraire. Les dirigeants sont les premiers responsables. Ce n'est pas à la veille de l'entame du championnat qu'on cherche à trouver des solutions. C'est trop tard. Voilà le résultat de la mauvaise gestion. Cela pour vous dire que la feuille de route et les orientations de la DNCG n'ont pas été suivies. Pourtant, tout était prêt pour réussir la création de la DNCG, mais on a préféré continuer à gérer de la sorte. Le problème dans le football algérien est que les lois sont très claires. Elles sont très bien faites d'ailleurs. Les textes expliquent parfaitement tout, mais malheureusement il n'y a plus personne pour gérer ce dossier du professionnalisme. Plus de stage, plus de formation de cadres pour les clubs, plus de commission qui pilote ce projet. Le CRB peut s'en sortir à condition de régler ses dettes de 4,9 milliards de centimes. Je crois d'ailleurs qu'il y a une réelle intention des dirigeants et de l'APC à apurer les dettes. Votre article publié hier à propos d'une exclusion générale en cas de trois forfaits est envisageable certes mais nous n'en sommes pas encore là. Entretien réalisé par : Nazim Tolba