Depuis la bataille du pétrole gagnée par l'Algérie contre la France en 1971, et chaque fois qu'une crise surgit dans les relations algéro-françaises, à cause du refus de l'ancien colonisateur d'admettre une fois pour toutes que l'Algérie est libre et souveraine, le milieu politico-médiatique hostile à notre pays ressort la prétendue aide au développement accordée par la France à l'Algérie.En 1971, les Algériens ont détruit la propagande française bâtie sur cette prétendue aide. Les observateurs et spécialistes sérieux savent depuis toujours qu'il n'y a pas d'aide au développement de la France pour l'Algérie et il n'y en a jamais eue. Cette fois aussi, l'extrême droite française, toujours en quête de boucs émissaires, a repris ce cheval de bataille : accuser l'Algérie de profiter de prétendues aides françaises et de ne pas respecter les Accords signés entre les deux pays. Un membre du gouvernement français en exercice s'est fait le relais de cette rhétorique aussi fausse qu'invraisemblable. C'est Bruno Retailleau, figure emblématique de cette frange politique. Il omet d'évoquer un fait essentiel : si un pays tire un véritable profit des relations bilatérales, c'est bien la France. La vérité est apparue à la faveur de la convocation, la semaine dernière, par le ministère des Affaires étrangères de M. Stéphane Romat et l'ambassadeur de France en Algérie pour mettre sur la table un dossier trop longtemps ignoré par Paris. Il s'agit des biens immobiliers mis à la disposition de la France par l'Algérie. Un dossier qui révèle un traitement pour le moins asymétrique entre les deux pays. Au total, 61 biens immobiliers sont occupés par la France sur le sol algérien, moyennant des loyers ridiculement bas. Parmi ces biens, le siège de l'ambassade de France en Algérie s'étend sur une vaste superficie de 14 hectares (140.000 m2) sur les hauteurs d'Alger, avec un loyer si insignifiant qu'il ne couvrirait même pas le prix d'une modeste chambre de bonne à Paris. Quant à la résidence de l'ambassadeur de France, connue sous le nom «Les Oliviers», elle s'étale sur 4 hectares (40.000 m2) et est louée au franc symbolique, sur la base d'un prix de bail inchangé depuis 1962 jusqu'en août 2023. Une largesse que la France n'a jamais daigné accorder à l'Algérie sur son propre territoire! Et ce n'est que la partie visible de l'iceberg. De nombreux accords bilatéraux permettent à la France de bénéficier d'avantages considérables en Algérie. L'indécent et incessant battage médiatique mené par les milieux racistes en France poussant à la dénonciation de l'Accord de 1968, qui régit le statut des Algériens en France et qui leur accorde un régime migratoire dérogatoire par rapport aux autres nationalités, tend à faire oublier les bénéfices que tire la France de cet accord, notamment la main-d'œuvre algérienne qui a largement contribué à la reconstruction et à l'essor économique de la France. De son côté, l'Algérie ne bénéficie d'aucun privilège comparable en France. Le milieu médiatico-politique d'extrême droite se réfère à un autre accord, celui de 1994, qui régule divers aspects de la coopération entre les deux pays, notamment en matière de commerce et d'investissements. Pour les spécialistes algériens, dans les faits, ces accords ont surtout permis aux entreprises françaises d'obtenir des conditions très favorables pour opérer en Algérie, tout en limitant les opportunités inverses pour les entreprises algériennes en France. Ils soulignent qu'encore une fois, l'avantage est unilatéral et profite avant tout à l'économie française et appellent à lancer le débat sur la réciprocité et le respect des engagements signés, pour établir à qui, de l'Algérie ou de la France, ont le plus profité ces traités et lequel des deux pays ne respecte pas les accords passés. C'est ainsi que la vérité sera mise en lumière et que cesseront les discours fallacieux destinés à manipuler l'opinion publique. En effet, l'heure n'est plus à l'hypocrisie. L'opinion publique en France doit savoir que l'Algérie n'a jamais été le profiteur de cette relation, c'est bien la France qui, depuis des décennies, a su tirer parti de chaque accord à son avantage. Si la France veut aujourd'hui réclamer des comptes, elle devra d'abord rendre des comptes elle-même. Il est clair qu'une frange politico-médiatique en France avec son discours belliqueux contre l'Algérie endosse une grande responsabilité dans la crise actuelle entre les deux pays.