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Les salaires au coeur de l'intérêt national
Le triangle pétrole, enseignement et démocratie (2e partie et fin)
Publié dans El Watan le 26 - 03 - 2006

Réels problèmes d'abord ignorés ou maltraités, les questions identitaires sont devenues des chevaux de bataille, des prétextes à diversions dans les conflits pour accaparer des portions de pouvoir ou d'avoir, au détriment d'un savoir et d'une culture scandaleusement sacrifiée et défigurée. Ces diversions identitaires ont, fort heureusement, épargné - et c'est bon signe - les mouvements sociaux récents des salariés, comme l'emblématique mouvement des travailleurs de l'éducation.
Les problèmes idéologiques liés à la personnalité nationale
La composante véritablement nationale de ses acteurs a mis en échec ceux qui n'ont rien d'autre à opposer que la corde archi usée des diversions identitaires aux revendications sociales légitimes et rassembleuses. Encore mieux, la cohésion sur le terrain du social aide les travailleurs à rapprocher leurs analyses sur le contenu et les méthodes de l'enseignement, terrain d'incompréhensions et de divisions savamment attisées. De ce point de vue, les institutions étatiques me paraissent en retard sur les évolutions avec leurs retournements succédant à des avancées formelles, toujours sous-tendues par des calculs tactiques et politiciens de court terme. Comment expliquer autrement l'abandon des recommandations qu'une commission nationale diligentée par le pouvoir lui-même avait élaborées au terme de débats mouvementés ? L'opportunité est pourtant grande, tant pour les enseignants et chercheurs que pour les instances étatiques, ainsi que pour les élèves, les étudiants et les parents d'élèves, de donner ensemble l'impulsion à la guérison et la relance d'un enseignement malade. En plus des moyens accrus et mieux gérés de l'Etat, les enseignants algériens, malgré tous les handicaps, sont capables de réalisations remarquables. A l'instar de ces enseignants d'une wilaya du sud oranais (et ils ne sont pas les seuls) qui ont maintenu durant plusieurs années un taux de réussite spectaculaire au baccalauréat. Qu'en serait-il si les stimulants matériel et moral les encourageaient davantage ? Peut-on continuer à invoquer les séquelles du colonialisme (un demi-siècle après ?), ou une pression démographique lourde à supporter par les moyens de l'Etat ?
Pédagogie et enjeux de pouvoir
J'ai déjà évoqué un argument plus sérieux, les difficultés pédagogiques liées au pluralisme linguistique. Des raisons idéologiques et d'hégémonisme pervers contribuent à obscurcir cette question. J'en reste à l'aspect pédagogique pour affirmer, comme le confirme l'expérience internationale, que ce pluralisme est enrichissant et stimulant. J'en veux pour exemple les résultats remarquables qu'avait obtenu, en pleine guerre de Libération nationale, le regretté Mahamed Hadj Sadok, pédagogue exceptionnel et arabisant de valeur. A la direction du lycée franco-musulman de Ben Aknoun (futur Amara Rachid) dont il parvint à obtenir l'ouverture (ainsi que plus tard le futur et réputé lycée de filles Hassiba Benbouali), il réalisa un enseignement de haute qualité dans les deux langues. En dépit du surcroît de travail des lycéens, la plupart pauvres et handicapés par les conditions de la guerre d'Indépendance mais qu'il savait motiver, le taux de réussite au baccalauréat, notamment en 1958 et dont il m'avait cité les chiffres, a été supérieur à celui du réputé Grand lycée Bugeaud (futur Emir Abdelkader) uniquement francophone. Parmi les élèves, que la formation arabisante a promu à de brillantes carrières, figure Ahmed Djebbar, dont la thèse de doctorat a été consacrée aux travaux des mathématiciens arabes étudiés dans leur texte scientifique original. M. Djebbar vient de diriger l'exposition consacrée à « L'âge d'or des Sciences arabes » à l'Institut du monde arabe de Paris qui a connu un immense succès. Entreprise combien opportune en ces temps d'attaques racistes contre nos peuples considérés comme imperméables à la science et aux idées de progrès. Il est temps que les autorités, les enseignants, les associations culturelles valorisent les expériences pédagogiques du temps de la résistance anticoloniale ou d'après l'indépendance. Aux bavardages et véhémences « identitaristes », il faut substituer l'obligation de résultats. Au lieu de vaines nostalgies, attaquons-nous à réaliser dictionnaires et encyclopédies en arabe et tamazight, entreprenons le colossal travail de traduction des œuvres du monde entier auquel est obligée toute ambition culturelle et de civilisation qui se respecte. Nous avons à faire connaître les œuvres et contributions de pédagogues de valeur et hommes de culture arabisants ou berbérisants, pétris d'une vision de l'enseignement et de la culture à la fois plurielle, rationnelle et ancrée dans les racines nationales, comme Abdallah Mazouni, Mostefa Lacheraf, Mouloud Mammeri, Djamal-Eddine Bencheikh et bien d'autres, ou Mohya, mort il y a peu dans l'oubli malheureusement, comme d'autres créateurs nationaux, alors qu'il a réalisé des œuvres et travaux de niveau mondial. Les incompréhensions hostiles de milieux bureaucratiques ou sectaires, voire obscurantistes, s'évertuent à opposer entre elles les précieuses ressources linguistiques et culturelles de notre peuple. Pour eux, la prétention unanimiste est devenue l'unité de mesure du « politiquement correct », consistant à dénigrer et rabaisser l'un ou l'autre des piliers de l'édifice national et à les opposer à l'universel. Ils ont oublié que l'avenir ne peut se construire en minant ou faisant table rase de l'une ou l'autre des fondations enracinées dans le passé de la nation. Ils oublient que la résistance anticoloniale était tournée en même temps dans deux directions. D'une part, contre la déculturation et la dépersonnalisation voulues par les occupants se réclamant de civilisation française et d'autre part, contre les courants obscurantistes se réclamant de l'islam mais qui cherchaient à réduire la lutte anticoloniale à une fermeture sur le monde, à un retour à ce qu'il y avait de moins bon dans les siècles de la décadence. Ils ont cherché à réinterpréter l'œuvre de Benbadis en occultant ou en déformant toutes les facettes et actions de ce nationaliste tournées avec vigueur vers l'universel et le progrès. Ils feignent d'oublier la double recommandation de l'appel du 1er novembre 1954 (civilisation arabo-islamique et modernité démocratique et sociale), une formulation binaire dont ils opposent les deux termes alors que son sens profond était un appel à mettre ces deux termes en synergie. La formule, malgré ses insuffisances (dont l'absence de la dimension amazigh), reflétait la double motivation de notre peuple et de ses élites politiques et culturelles. Elle a fait l'efficacité de la lutte de libération, parce qu'elle correspondait à cette étape de la configuration de notre société et du monde. Il appartenait aux générations politiques d'après l'indépendance, dans l'enseignement et l'éducation civique, d'approfondir et donner vie en actes au contenu positif et créateur des deux volets de cette formulation, à travers toutes les expressions culturelles et linguistiques du vécu national.
Al Ouqda, ou comment les choses se sont nouées
Pour mieux comprendre comment ce précieux message a été perverti ou trahi, je dirai simplement comment un inspecteur général d'arabe comme Hadj Sadok, cité plus haut, qui ne sollicitait rien d'autre que poursuivre l'œuvre qu'il avait engagée avec succès, a été éconduit par un haut (très haut) fonctionnaire et bureaucrate du nouvel establishment. D'aucuns ont prétendu après coup justifier cette mesure incohérente en arguant du fait que l'enseignant Hadj Sadok avait aussi exercé ses fonctions pédagogiques et de gestion de l'enseignement dans le cadre du gouvernement général de l'Algérie coloniale. Absurde prétexte vis-à-vis de ce patriote du fond du cœur et non de parade, ami de longue date de Ferhat Abbas, réformiste honnête, courageux, intransigeant dès qu'il s'agissait de l'enseignement de l'arabe, tel que l'ont connu ses anciens élèves comme Ali Boumendjel, Saâd Dahhab, Abbane Ramdane, et ceux qui, après l'indépendance comme M'hammed Yazid, Benyoussef Benkhedda et moi-même, ne manquaient jamais de le saluer quand ils étaient de passage à Paris. Ce cadre de valeur, que pouvaient nous envier bien des pays arabes, était par ses qualités de pédagogue, d'organisateur et d'attention envers ses élèves et les problèmes de société, un des plus capables, à ma connaissance, de prendre, à bras-le-corps, la tâche colossale d'un enseignement national (il était aussi ouvert à l'amazighité) digne d'un peuple qui venait de se libérer pour l'accès, entre autres et peut-être en priorité, à un savoir qui, comme on le disait alors, lui ouvre les portes à la fois de « ed'dounia oual akhira », ce monde d'ici-bas et de l'Au-delà. Mais si vous voulez connaître le fin fond de l'affaire, n'allez pas chercher trop loin. L'un de ceux qui, chargé de relancer l'enseignement dans l'Algérie indépendante, avait barré la route à ce cadre sans avoir eu même le courage de le rencontrer et le regarder dans les yeux après lui avoir fixé rendez-vous, avait été son « élève ». Peut-être ne souhaitait-il pas qu'un compétent risque de lui faire de l'ombre ? Il aura eu tout de même un mérite, celui d'avoir été un des précurseurs qui ont appliqué, à leur façon, la formule qui ne tardera pas à devenir aussi célèbre que symbole de dérision : « L'homme qu'il faut à la place qu'il faut. » A chacun de tirer sa conclusion. Je ne terminerai pas sur cette triste note, avec le cœur lourd d'entendre revenir à la mode une vieille formule des années 1970 : « dawlat Mickey ». Un ami a cru l'actualiser et l'algérianiser en me suggérant : « dawlat Djeha ». Pas du tout, ai-je protesté. Je lui ai expliqué, sur une note plus optimiste, que je souhaite à tous les acteurs dans l'Etat et la société, tous pourvus d'intelligence et d'imagination, d'avoir la même sagacité, le même enracinement parmi ses semblables et la même sensibilité envers ses concitoyens que Djeha, alias Nasreddine Khodja, avec ses qualités acquises en roulant sa bosse et son discernement pragmatique autour de la Méditerranée, tantôt pauvre petit colporteur, tantôt riche marchand. Le jour où, promu imam, questionné et coincé après la prière sur son savoir théologique, il reconnut modestement et habilement ses limites en demandant « à ceux qui savent d'expliquer à ceux qui ne savent pas », il nous délivrait une grande leçon. Il appelait en substance au débat, aux échanges, à l'élaboration et aux jugements collectifs. Avec Djeha, il y avait toujours une issue aux situations compliquées. Je ne me souviens d'aucune histoire de Djeha qui se soit terminée par une tragédie. Amin wa choukran, ya Cheikh Djeha, et tous ensemble, comptons sur nous-mêmes pour construire. En Algérie, comme à l'échelle régionale et dans le monde, seul un mouvement social assez profond et responsable, à multiple et large composante idéologique et politique, aura le poids suffisant pour freiner sinon renverser la descente aux enfers.


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