Les nouveaux députés entament aujourd'hui la septième législature. C'est un moment fort et symbolique de la vie politique nationale. Les règles de la démocratie supposent partout une instance, un lieu où s'exprime la volonté des citoyens. Le modèle social et économique du pays y prend forme. La rue n'est plus l'espace où se règlent les conflits politiques et s'élaborent les règles de la vie en communauté. Hormis là où le déficit démocratique est flagrant et le fonctionnement des institutions défaillant, le Parlement est la tribune d'expression des courants et des intérêts qui traversent toute société qui aspire à la démocratie. Il faut reconnaître sur ce point que, depuis quelques années, l'Algérie, qui a traversé une terrible période où toutes les instances élues furent suspendues, a retrouvé une légitimité. Le débat sur l'inanité de celles-ci, le procès fait aux députés coupables de se soumettre au gouvernement fait partie de l'exercice même de la démocratie. La majorité avait beau se réclamer d'une majorité présidentielle qui se verrait mal torpiller un programme dont elle se réclamait et qu'elle se chargeait d'exécuter. Cela n'avait pas exclu les esclandres d'une opposition, certes, minoritaire mais pugnace. Auréolés de leur succès, les femmes et les hommes, qui découvriront, aujourd'hui, l'hémicycle, n'ont pas à rougir d'être des « mal élus ». Dans tous les pays, un taux de participation aux législatives qui dépasse 40% de l'électorat est un signe de crédibilité de la consultation. Les réactions des capitales étrangères qui, toutes ont mis en valeur la transparence du scrutin en témoignent. La journée du 10 mai dernier n'a pas été émaillée d'incident, autre indice de la régularité. Des partis ont certes, protesté, contestant les conditions de son déroulement et les résultats. La scène politique sous tous les cieux n'a jamais été exempte de ces postures où il faut vite se relever d'un revers électoral. L'art et le talent des politiques est aussi leur capacité d'expliquer tout échec et de trouver les ressorts qui permettent de rebondir. Cette fois- ci, la représentation nationale, à bien des égards, s'annonce différente des précédentes. Le nouveau contexte marqué par l'esprit de réformes, qui cherchent à rompre avec un modèle de gouvernance, constitue pour elle un test pour retrouver sa mission. Se hisser au niveau de l'exigence populaire qui aspire à redécouvrir des élus qui lui feront connaître ses ambitions et transmettre ses désillusions. Des femmes et des hommes qui, sans invective et sans flagornerie, réhabiliteraient le rôle du député. L'APN n'a pas été toujours cette chambre d'enregistrement tant décriée ces dernières années. Des élus du peuple ont su développer avec parfois une saine véhémence les intérêts de la collectivité en y reflétant ses attentes en matière de législation sociale. Loin du tohu-bohu médiatique, des compétences ont apporté des éclairages, enrichi des textes, débattu autour de projets de loi. L'APN sera-t-elle l'arène où se déploiera à nouveau une parole plurielle, car des partis comme le FFS ou le PT ne manqueront pas de relever les incohérences ou les négligences de l'Exécutif ? Le ralliement des élus de l'Alliance verte aux rangs de l'opposition, sans remettre en cause l'équilibre et la mainmise qu'assure le poids du FLN et du RND augure de débats qui rompront avec l'indolence et la monotonie. La nouvelle APN comptera davantage de femmes. Leur nombre passera d'une vingtaine à 143. C'est une véritable avancée pour la condition de la femme dans notre pays. Les Algériens ont élu des représentants dont ils attendent beaucoup. Combinée à d'autres éléments, cette note induira aussi des changements qui ne seront pas seulement formels.