La situation est toujours tendue en Egypte et le face-à-face entre le président, Frère musulman, Mohamed Morsi, et l'opposition se poursuit au risque d'accentuer le pourrissement. Le pays se trouve toujours au centre d'une grave crise politique et les appels à manifester font planer la menace de nouvelles violences. Le président égyptien, Mohamed Morsi, décide de charger l'armée d'assurer la sécurité jusqu'aux résultats du référendum constitutionnel de samedi prochain. Lequel référendum est au centre de la controverse. Par ce décret, l'armée retrouve, aussi, le pouvoir d'arrêter des civils, un droit très décrié à l'époque du régime Moubarak. Signe également d'un climat politique et social des plus tendus, Morsi fait machine arrière et renonce à appliquer des hausses de taxes sur des produits de base et de grande consommation. Après plus de deux semaines d'une crise marquée par de nombreuses manifestations parfois meurtrières, les deux camps appellent à de nouveaux rassemblements. La guerre des manifestations se poursuit au risque de dérapages meurtriers. Des affrontements entre militants des deux bords près du palais présidentiel au Caire avaient fait sept morts et des centaines de blessés. L'armée a déployé des chars et des soldats pour protéger les abords de la présidence, dans le quartier d'Héliopolis. La puissante institution militaire, égyptienne, toujours influente après l'élection de Morsi, tente de calmer le jeu, appelant au dialogue. Afin d'atténuer les critiques, Morsi décide l'annulation du décret controversé lui accordant les pleins pouvoirs, en plaçant ses décisions au-dessus de tout contrôle judiciaire. Cependant, il a maintenu dans le même temps la date du référendum sur un projet de constitution qui provoque la colère de l'opposition. Cette dernière n'entend pas se faire duper et se dit mobilisée jusqu'à l'annulation du référendum et l'organisation d'un grand débat sur la future Constitution du pays. L'évolution de la situation en Egypte démontre que Mohamed Morsi, premier président civil du pays, a pris un gros risque en s'octroyant des pouvoirs exceptionnels. Et en tentant de faire passer une nouvelle constitution malgré les protestations de l'opposition. La réalité du pays n'a pas changé radicalement. Malgré leurs victoires aux élections législatives et présidentielles, des rouages importants du pouvoir échappent encore aux Frères musulmans. Le pouvoir judiciaire et les institutions militaro-sécuritaires notamment. Le président Morsi clame sa bonne foi. Le décret tant contesté serait en quelque sorte destiné à prévenir ou à préempter un coup d'Etat judiciaire contre le pouvoir issu des urnes. Une tentation à laquelle pourrait succomber un pouvoir judiciaire demeuré proche de l'ancien régime. L'opposition n'y croit pas et semble s'inscrire dans la lutte pour la préservation des acquis de la révolution chèrement arrachés. La semi-reculade de Morsi sur le décret hautement controversé qui plaçait son action hors d'atteinte de la justice est symptomatique de l'influence que pourrait exercer l'armée sur les Frères. L'institution militaire a, sans aucun doute, souhaité faire passer le message qu'elle n'était plus en mesure de rester neutre pour préserver la stabilité et que le président devait se résoudre à faire des concessions à l'opposition. La situation politique pourrait évoluer rapidement vers le pire ou vers un consensus qui pourrait consolider le processus démocratique. Reste le référendum sur le projet de nouvelle constitution prévu le 15 décembre prochain qui s'annonce dans une atmosphère exacerbée. Sur le référendum et sa date, le président n'a pas bougé d'un iota, ne voulant, probablement, pas perdre la face. Quitte à faire rentrer l'Egypte dans une longue phase d'instabilité périlleuse pour l'intégrité même du pays. Les deux longues semaines de confrontation, parfois sanglante, entre pouvoir et opposition n'ont fait qu'accentuer la défiance entre les deux camps. Dans l'Egypte de l'après Moubarak, la phase de transition vers une démocratie naissante s'avère plus compliquée que prévue. Le pourrissement menace la crise politique en Egypte. Mais le bras de fer est probablement porteur de lendemains démocratiques. M. B.