La seconde édition du festival international de la musique Gnaouie s'ouvre aujourd'hui au Théâtre de verdure du bois des arcades de Riadh El Feth sous le thème générique de l'afro gnawa jazz.Plusieurs formations musicales qui sont d'ici ou d'ailleurs auront à se succéder sur la scène afin d'offrir aux festivaliers qui seront certainement très nombreux à se rendre à Riadh El Feth, des sons authentiques “ par opposition au sampling (échantillonnage) qui tend à fausser l'oreille non avertie et à dénaturer l'essence des instruments ” comme l'assurent les organisateurs. Durant cinq jours les festivaliers auront non seulement à aller à la rencontre de sons ancestraux mais aussi, afin de mieux approcher cette musique, les organisateurs ont innové cette année. Ils prévoient de mettre à l'affiche de la salle Ibn Zeidoun à titre gracieux des films documentaires autour de la musique africaine en général et la musique Gnawa. Ces projections se feront chaque après-midi en présence des réalisateurs, d'autres en présence des musiciens programmés dans cette édition....“ Les sept couleurs de l'univers. Leçon d'anthropologie ” réunit des documents enregistrés pendant plus de 20 ans. En présence exceptionnelle de son réalisateur, Jacques Willemont pose les questions essentielles de l'initiation et de la transmission évoquées dans le cadre d'un dialogue entre une ethnologue et un grand initié Gnawa. La question de la transmission de maître à élève est également au cœur du film au titre évocateur “ Le baobab et le roseau ”. Comment se transmettent la musique et surtout la percussion et le djembé, instrument emblématique de la Guinée, sont évoqués par des musiciens rencontrés à Conakry. Parmi eux, certains étaient présents en tant qu'invités pour le “ Festival Panafricain d'Alger ” en 1969. La Guinée comme l'Algérie s'inscrivaient dans une politique culturelle panafricaine dont l'Algérie était un des chefs de file. Musiciens et danseurs de toute l'Afrique étaient présents. Aujourd'hui, les Gnawa gravitent entre world music et rite de possession tel que nous le dévoile le film “ Les fils de bilal. Transes et métissages chez les Gnawa du Maroc ”. Entre le festival d'Essaouira et le pèlerinage de Tamesloht, ces deux univers qui se déroulent à quelques jours d'intervalle ne sont pas forcément opposés. Se réclamant héritiers des Bambara, “Wijdan. Le mystère de la musique de transe des Gnawa ” fera justement rencontrer deux musiciens, l'un Gnawa, l'autre Bambara tous deux élevés dans la culture de la transe. Une transe que l'on retrouve également lors de l'élection d'un chef dans “ Le forum de Bantou ”. Ce document montre ce qu'est aujourd'hui une fête traditionnelle dans un village isolé en haute Guinée, avec toujours ce rôle de la musique, où féticheurs et guitares électriques se côtoient. Enfin, “ Ishumars, les rockers oubliés du désert ” fait résonner la voix d'Abdallah Oumbadougou, chanteur touareg dont l'œuvre est écrite en réaction aux persécutions que subit son peuple. D'abord un projet artistique, sa dimension politique est centrale. Le Gnaoui, une musique séculaire Ce second rendez-vous lyrique constitue un important espace d'expression pour cet art séculaire et héritage culturel aux peuples maghrébins. En Algérie cette forme d'art porte l'appellation de “ diwane ou “ bilali ”, au Maroc celle de gnaoui ou “ Lila (nuit) ”, tandis qu'en Tunisie et en Libye il est connu respectivement sous les appellations de “ stambali ” et “ sambali ”. Pour de nombreux chercheurs versés dans le domaine du patrimoine culturel populaire et traditionnel dans ces pays, les origines de cette musique remontent à l'ère des Almohades, au 19e siècle. A cette époque, on recensait déjà des confréries “ gnawa ” à travers plusieurs régions de ces pays notamment dans l'Ouest et le Sud-Ouest algériens, véritable creuset de cette forme d'expression artistique. A l'origine de la création de ces confréries de simples ouvriers et autres travailleurs au pair, descendants de populations des pays subsahariens. Les premières de ces entités, qui virent le jour dès la fin du 17e siècle dans le Maghreb, étaient essentiellement composées d'hommes et de femmes de race noire qui seront rejoints par la suite par de nouveaux adeptes berbères et arabes. Ce brassage va enrichir et renforcer le rayonnement populaire de ce genre musical dans la région du Maghreb, donnant ainsi une dimension culturelle et religieuse aux chants, rites et pratiques qui avaient à l'origine un caractère païen. Ce métissage des cultures subsaharienne, berbère et arabe est visible actuellement à travers les différents textes chantés par les gnawa où l'on trouve de l'arabe, du berbère, du “ haoussa ” et d'autres langues africaines que ne peuvent traduire même les adeptes de ce genre de musique. La structure lyrique de cette forme de musique est divisée en plusieurs “ bordjs ”, qui louent en majorité Allah le Tout-Puissant, son Prophète Mohamed (QSSSL) et certains Saints hommes de l'Islam. Le cérémonial ou “ derdeba ” se déroule généralement en début de soirée pour se terminer à l'aube. Il réunit les adeptes, sous la conduite du “ Maâlem ” ou maître de cérémonie, qui est le plus ancien parmi l'assistance et le virtuose du “goumbri ”, un instrument à trois corde à la base de ce genre de musique. Les “ krakab ” et “ t'bal ” assurent les percussions à l'orchestre de la confrérie qui doit interpréter sept “ bordjs ” et exécuter sept danses durant cette nuit parée elle aussi de sept couleurs qui expriment chacune un esprit ou “ m'louk ”, selon la philosophie “ gnaouie ”. Au cours de cette soirée très suivie par les adeptes ou de simples amoureux de ce genre de musique, comme c'est le cas à Béchar, les chants, les odeurs d'encens et les danses créent une ambiance qui plonge dans un état de transe plusieurs présents. Il arrive même qu'on ramène à ces soirées des personnes malades, qu'on croit guérir grâce aux vertus, considérées comme thérapeutiques de la musique “ gnaouie ”. “ On prête au mysticisme, toujours présent au cours de ces soirées, la possibilité d'ouvrir la voie de la découverte de l'âme individuelle et collective et celle des secrets et mystères de ce monde ”, soulignent les “ gnawa ”. “ Mieux, il permet l'évasion des carcans du quotidien et permet d'aller vers le “ sublime ” et la perfection ”, signalent les fervents adeptes.La séance de transe est dirigée par le “ Maâlem ” généralement le plus âgé et maître de la confrérie, qui au début du cérémonial est salué avec déférence et un grand respect par les membres du groupe, du fait qu'il incarne la connaissance parfaite du rite gnaoui, la sagesse et préserve l'homogénéité du groupe. La beauté du texte, de la musique et de la danse “ gnaouies ” procure au fil du cérémonial un sentiment de satisfaction, de bien-être, tant chez les membres de la confrérie que chez les convives. Le diwane ou gnaoui reste toujours l'un des arts les plus populaires dans de nombreuses régions du pays où grâce à sa popularité et son ancrage dans la société, à su garder son authenticité.