Passé le moment de panique, la bibliothèque et des bureaux de médecin ont été transformés en chambres pour les malades. Le séisme du 21 mai dernier a provoqué de larges fissures au niveau des murs du Centre Pierre et Marie-Curie d'Alger. La catastrophe naturelle revêt un caractère particulier dans cet hôpital qui prend en charge les cancéreux. Ces derniers ont vécu un double drame lors du tremblement de terre. Branchés à la chimiothérapie ou en convalescence après une opération, ils ont dû tout de même être évacués dehors. Ils ont passé la nuit dans la cour mitoyenne de l'hôpital Mustapha. “Je suis sorti de chez moi, avec l'économe, nous avons mis à la disposition des patients des couvertures et de l'eau minérale que nous avions en stock”, affirme M. Tahar Siffer, directeur général du CPMC, qui ajoute : “J'ai pris, par ailleurs, la ferme décision de ne pas permettre aux malades du service de greffe osseuse de quitter les lieux. Il faut savoir qu'ils doivent rester en milieu stérile, sinon ils risquent de graves conséquences. Les malades étaient sous surveillance médicale et les praticiens et les infirmiers sont restés dans le service.” Angoissés et souvent paniqués, les patients ont préféré rentrer chez eux, dès le lever du jour. Tous les médecins ont rejoint l'hôpital quelques instants après la catastrophe. Les chirurgiens et les anesthésistes ont renforcé les équipes d'urgence de l'hôpital Mustapha. Jeudi matin, la direction du CPMC a constaté les dégâts enregistrés au niveau de tous les services. “J'étais inquiet en voyant de larges fissures dans les murs. Je ne savais pas quoi dire. J'ai pris alors la décision de prendre attache avec les services de contrôle de la construction. Les malades ont aussi été libérés dès jeudi, sauf ceux sous surveillance médicale accrue”, explique M. Siffer. Le CTC et le CGS (Centre national de recherches appliquées en génie parasismique) ont visité l'hôpital dès le 25 mai. Ils ont réconforté la direction, puisque seule la maçonnerie a été touchée. “L'ossature a résisté”, affirme le DG de l'hôpital. En collaboration avec les professeurs, le directeur de l'hôpital a jugé utile de réquisitionner la bibliothèque pour la prise en charge des malades en soins ambulatoires. “Nous avons transféré l'hôpital du jour à la bibliothèque et les médecins continuent à prodiguer leurs soins”, explique-t-il. Au niveau du service d'oncologie médicale, seule la moitié du service est opérationnelle. “Onze chambres ont été touchées et nous ne pouvons les utiliser, ce qui crée de graves problèmes de places dans les autres chambres”, affirme le Dr Ferhat. Ce dernier nous montre, par ailleurs, le petit bureau où s'entassent les 20 médecins du service. “Nous avons dû céder tous nos bureaux aux malades”, ajoute-t-il. Les malades sont à plusieurs dans une chambre et ceux qui habitent Alger ou qui y ont de la famille préfèrent sortir de l'hôpital à la fin de la journée. “Ils ont peur. Ils voudraient tous passer la nuit hors de l'hôpital”, affirme le Dr Oukal du service oncologie. Pour le moment, selon le Pr Bouzid, son service est “sinistré dans sa structure et non en matière de médicaments qui sont disponibles en nombre et en qualité”. Le professeur souhaite que des mesures soient prises pour permettre aux médecins de prendre en charge les patients, d'autant qu'en cancérologie, le temps est “d'or.” M. Tahar Siffer affirme, par ailleurs, que tout le personnel du CPMC s'est montré à la hauteur. Il n'oublie pas de rappeler que la compagnie Trust Algérie qui assure l'hôpital a affirmé sa disponibilité quelque 48 heures après le séisme. S. I.