La communauté universitaire de Béjaïa a marché hier dans un contexte marqué par l'insistance du chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah à maintenir l'option d'aller vers une élection présidentielle contre la volonté populaire et sous la houlette de Bensalah et Bedoui. Cette volonté du général-major de l'ANP a été déclinée lors de son dernier discours lundi. Comme il fallait s'y attendre, le plan de l'ANP qui consiste à rester dans la voie constitutionnelle n'a pas été du goût des centaines d'étudiants, d'enseignants et des ATS de l'université Abderrahmane Mira, qui ont manifesté pour la seconde fois en ce mois de carême et la 13e fois depuis le 22 février. Les manifestants ont conservé les mêmes slogans étant donné qu'aucune revendication politique n'a été satisfaite à ce jour. Les manœuvres du chef de l'armée ont conduit les manifestants à demander son départ. «Gaïd Salah, le 4 juillet tu te retrouveras en retraite, c'est une promesse du peuple !», lit-on sur une pancarte. «Ulac l'vote, ulac (Il n'y aura pas d'élection)», scande la foule, qui compte des militants politiques portant des pancartes sur lesquelles sont transcrites les solutions mises en avant par leurs partis pour la sortie de crise. L'une d'elles suggère l'élection d'une Assemblée constituante souveraine répondant aux aspirations des masses. «Le peuple veut une Assemblée constituante et une justice indépendante», lit-on sur une banderole. Un militant politique propose l'option de son parti pour assurer «une transition de rupture» qui consiste en «l'élection d'une haute instance composée de trois personnes issue de la société civile : un magistrat, un syndicaliste et un universitaire». Le discours d'Ahmed Gaïd Salah a provoqué la déception chez les marcheurs. La position de l'armée est considérée comme une «trahison» et s'inscrit en porte-à-faux avec les aspirations du peuple : «Gaïd Salah vous nous avez trahis». Le départ des autres «B», à savoir Bedoui et Bensalah, est toujours réclamé. Les portraits des deux hommes politiques sont portés à bout de bras au milieu de la foule qui scande : «Vous partez tous, système dégage !», «Non aux élections sous Bedoui et Bensalah». La communauté universitaire soutient l'idée de présenter tous les responsables corrompus devant la justice mais loin de l'instrumentalisation de cette institution et le règlement des comptes. Dans la même journée, les avocats, vêtus de leurs robes noires, ont organisé une marche de la cour de Béjaïa vers la place de la Liberté d'expression Saïd Mekbel. Ils ont scandé des slogans favorables «pour une justice indépendante» et «Pour un Etat de droit». A l'occasion, ils ont dénoncé également «les humiliations et les violences à l'encontre des citoyens qui manifestent pacifiquement».