Kiev et l'Occident ont qualifié de «farce» le référendum d'«indépendance» organisé par les séparatistes russophones. Un diplomate occidental précisant même qu'un tel référendum n'est pas «prévu» par la Constitution d'Ukraine. Et pour cause! La sécession de la province serbe du Kosovo était-elle «prévue» par la Constitution de Serbie? Certes, non. Cela n'a pas empêché l'Union européenne (en particulier l'Allemagne et la France) de reconnaître le «Kosovo» comme Etat «indépendant». S'en tenant à une lecture exclusive et orientée des événements, l'Occident refuse d'admettre que la donne politique a changé en Ukraine. Or, les séparatistes sont désormais une partie du problème et aucune issue à la crise n'est possible sans leur participation. Pourquoi les faits sont-ils arrivés à cette extrémité? Il faut savoir que le président ukrainien, Viktor Ianoukovytch, avait accédé à toutes les revendications des opposants. Les Occidentaux (aux côtés de la Russie) ont participé à l'accord entre les parties ukrainiennes. Or, les opposants n'étaient pas intéressés par un partage, ils voulaient le pouvoir, avec en filigrane l'adhésion à l'Union européenne et le rattachement de l'Ukraine à l'Otan. Dès lors, les jeux étaient pipés et l'accord de Moscou caduc. Loin de calmer le jeu, les Occidentaux, par leur présence massive dans la capitale ukrainienne, ont conforté les plus radicaux des «nouvelles» autorités de Kiev qui ont pris des décisions à tout le moins provocatrices (annulation du russe en tant que langue nationale) qui allaient mettre le feu aux poudres dans l'Est russophone avec les conséquences que l'ont connaît. C'est seulement après cette prise de décision délibérément factieuse que les russophones décidèrent à leur tour de couper les ponts avec les «nouvelles» autorités de Kiev. Ce qui est intrigant est le rôle de l'Occident qui, dès les débuts de la crise, a poussé au crime en prenant fait et cause avec les dirigeants néonazis et fascistes de la place «Euromaidan» à Kiev. Mais ce ne sont pas seulement des ministres occidentaux qui ont visité Kiev. De nombreux spécialistes européens et américains de la lutte «antiterroriste» rallièrent la capitale ukrainienne où séjourna en avril, le directeur de la CIA américaine, John Brennan. Mais le patron du renseignement américain n'y alla pas seul, puisqu'il y était accompagné par des agents de la CIA et du FBI (police fédérale US) pour coordonner «des opérations de guérilla contre les séparatistes russophones autour de l'enclave de Slaviansk» avec la police et l'armée ukrainiennes. D'autre part, le journal dominical allemand Bild am Sonntag du 11 mai, affirmait que près de «400 mercenaires américains opèrent en Ukraine aux côtés des forces de sécurité ukrainiennes dans des opérations contre les militants séparatistes dans l'est du pays». Ces mercenaires combattent-ils aux côtés des soldats ukrainiens, ou sont-ils là à titre de «conseillers»? Le journal allemand ne le précise pas, mais indique que ces mercenaires «travaillent pour Academi, plus connue sous son ancien nom de «Blackwater». Blackwater? Cela ne vous dit rien? Mais si! L'Irak où les mercenaires de Blackwater - supplétifs de l'armée d'invasion américaine en Irak en 2003 - firent des carnages dans la population civile irakienne. Agents de la CIA et mercenaires en Ukraine, soutien militaire et diplomatique occidental et jihadiste en Syrie. Curieux parallèle entre les crises ukrainienne et syrienne où l'Occident semble jouer le rôle d'agitateur. Comme est singulière la déclaration commune de la chancelière allemande, Angela Merkel et du président français, François Hollande, selon lesquels «un échec de la tenue de l'élection présidentielle (en Ukraine) internationalement reconnue déstabiliserait encore plus le pays». Comment ce qu'ils dénoncent comme une «farce» en Syrie du fait de la guerre, pourrait être légitime et indispensable en Ukraine où la situation est de même chaotique alors que le tiers du territoire ukrainien a fait sécession et échappe au contrôle de Kiev? Il serait heureux que les Occidentaux nous expliquent cette dichotomie dans leur appréciation des situations en Ukraine et en Syrie. L'Occident soutient une rébellion contre un pays souverain en Syrie, il soutient aussi un régime illégitime, issu d'un coup d'Etat, à Kiev. N'est-ce pas ce manque de légitimité à Kiev qui fait courir les Occidentaux afin d'avoir en face d'eux un pouvoir élu? Or, en Ukraine et en Syrie, ce sont les Occidentaux qui ont tout fait pour créer les situations qui prévalent dans ces deux pays. Mais en Syrie comme en Ukraine, les évènements ont tourné à la confusion de l'Occident. Il y a donc maldonne, mais l'Occident osera-t-il en tirer les enseignements? Peu sûr!