Ces scandales sont venus s'ajouter aux affaires du foncier agricole, objet d'enquêtes judiciaires. Les scandales se suivent mais ne se ressemblent pas à Oran. Pour cette fois la vox populi s'est saisie du sujet de l'immobilier pour faire et défaire l'affaire de la coopérative «Ezzohour» installée sur un terrain de football, et la vente à un particulier d'une villa à Aïn El Turck où vivait l'ancien président de la République Chadli Bendjedid. Concernant la coopérative immobilière «Ezzohour», il faudrait revenir à l'origine, à la nature juridique du terrain sur lequel ont été installés les coopérateurs. C'est un terrain de football affecté à la caserne de Dar El Beïda. En 1998, l'ancien chef de la Deuxième Région militaire procède à sa désaffectation en le restituant aux services des domaines. Une mesure somme toute légale et qui entre dans les prérogatives de cet ancien responsable. Le terrain retrouve ainsi sa vocation d'aire destinée aux activités sportives. Quelques jours plus tard, un groupe de citoyens décide de constituer une coopérative immobilière dénommée «Ezzohour». Elle devait réunir des anciens militaires, des veuves de militaires assassinés par les terroristes ou encore morts pendant l'exercice de leur devoir. Une initiative noble qui aurait permis de loger des orphelins victimes du terrorisme. Présidée par l'écrivain Khadra Yasmine (de son vrai nom Mohamed Mouleshoul), la coopérative a fini par tomber dans l'escarcelle de gens au bras long à Oran qui ont bénéficié de deux lots chacun de 426 m². Les noms des veuves de militaires portés dans la liste du procès-verbal de création ont disparu pour laisser place à des importateurs de pièces détachées, l'ancien chef de Sûreté de wilaya aujourd'hui révoqué des rangs de la police et de plusieurs autres individus n'ayant aucun lien avec l'institution militaire. Aujourd'hui, le sujet de cette coopérative est revenu avec acuité sur le devant de la scène. On parle d'une commission d'enquête venue d'Alger pour tirer cette affaire qui pue l'illégalité. Les habitants de la commune d'Aïn El Turck parlent ces derniers temps d'une belle résidence installée dans la rue des villas. Cette demeure, qui abritait l'ancien président de la République après sa démission, a été cédée pour une bouchée de pain à un individu fortuné de la wilaya de Tiaret. Ce dernier, aussitôt l'acquisition régularisée, s'empresse de la revendre bien sûr à un prix fortement multiplié. L'astuce utilisée pour exclure cette résidence des biens affectés est la même que celle utilisée pour le terrain où s'est installée la coopérative «Ezzohour». Une désaffectation qui permet la restitution de ce bien au domaine public et une demande d'achat dans le cadre de la cession des biens de l'Etat et le tour est joué. L'acquéreur, cité dans l'affaire de l'ex-wali de Blida, n'a pas hésité à revendre cette résidence de près de 2000 m² pour près de 3 milliards de centimes, nous dit-on. Ces scandales sont venus s'ajouter aux affaires du foncier agricole qui font l'objet d'enquêtes confirmées, il y a quelques jours, par le procureur général d'Oran. Ainsi, outre les deux citoyens installés à Londres qui ont bénéficié d'une terre à haut rendement agricole à El Ançor, de nouvelles listes d'indus occupants ont fait leur apparition à Oran. Les cas de double, de triple et même de quadruple et de sextuple affectation sont légion. C'est le cas d'un gros ponte qui a réussi à se faire attribuer 6 parcelles de terres agricoles sur un seul arrêté ou encore celui d'un quincailler qui a bénéficié de 4 lots dans la commune de Boutlelis. Un fellah outré par les scandales qui frappent le secteur s'est étonné du silence des pouvoirs publics qui, malgré les preuves enfonçant certains responsables, continuent de se murer dans le silence. «Nous avons fourni les preuves d'affectation, de complaisance et contraires à la loi mais rien n'a été fait», dira-t-il en précisant que le secteur doit subir un véritable assainissement car ses responsables ont été à l'origine de plusieurs scandales. «Quand les responsables de la DSA parlent de quelques dossiers litigieux, qu'ils nous expliquent lesquels. Qu'on nous explique comment un ancien responsable local d'un parti politique a été déchu de sa terre puis rétabli, grâce à un arrêté de l'ancien wali qui annulait l'arrêté de déchéance qu'il avait lui-même signé quelques années auparavant. Par quel miracle une situation qui était illégale est devenue légale quelques jours avant son départ (l'ex-wali Ndlr) d'Oran», dira notre interlocuteur. Un autre fellah évoquera, quant à lui, les déclarations des responsables du secteur dans certains titres de la presse locale et dans lesquels ils avaient affirmé que seuls quelques cas sont litigieux dans la wilaya d'Oran. «Ils affirment qu'aucune commission d'enquête ministérielle n'a été dépêchée de la tutelle, alors que nous avons les preuves que les commissions se sont succédé à Oran. Leur a-t-on présenté les plans de bornage des assiettes affectées? Tout ce que les responsables leur ont fourni, ce sont des listes d'attributaires triées sur le volet. Qu'on leur fournisse les listes et les modalités d'affectation et le pot aux roses sera découvert», dira-t-il.